Trophées de la presse et de la communication du Gard 2026
PhotographieCommunicant
FRILET Patrick
Tout commence par l’appel de Thierry Teyssier, manadier à Aubais. Avec quelques artisans du village, il cherche un moyen de récolter des fonds pour participer à la restauration du toit de l’église, devenue impraticable depuis près de deux ans. Une idée circule déjà : réaliser un calendrier de Noël. Autour d’un café, l’un d’eux avait lancé qu’il était prêt à « se mettre à poil pour une bonne œuvre ». Lorsqu’on me demande de les aider, ils ne sont encore que quelques-uns. Je propose alors de donner au projet une véritable construction photographique : ils seront douze, comme les douze apôtres. Il faut donc trouver d’autres volontaires, convaincre douze hommes de participer et imaginer pour chacun une photographie liée à son métier. Je photographie ainsi un peintre, un boulanger, un manadier, un élagueur, un préparateur de motos, un jardinier et plusieurs artisans du bâtiment, nus dans leur propre environnement professionnel, avec leurs outils, leurs gestes ou les éléments caractéristiques de leur activité. Mon parti pris est clair : provoquer le sourire et la surprise, sans jamais tomber dans la vulgarité. Le calendrier 2026 est conçu pour être vendu à Noël au profit de la restauration de l’église. Mais je veux une image capable de dépasser le simple calendrier local. Douze hommes, douze artisans, douze « apôtres » : j’imagine alors de les réunir autour d’une grande table et de réaliser ma propre interprétation de La Cène de Léonard de Vinci. Cette photographie devient l’image emblématique du projet et le moteur de toute la communication. Dans le village, l’opération reçoit très vite son surnom officieux : « À poil pour l’Église ! ». Nous ne l’utilisons pas vraiment dans la communication officielle, mais cette formule résume parfaitement l’esprit du projet : de l’autodérision, de l’audace et une mobilisation collective autour d’une cause très sérieuse. Parmi les participants, certains sont croyants, d’autres athées. Ce qui les rassemble n’est pas une démarche religieuse, mais la volonté de défendre un patrimoine commun et de permettre à l’église de retrouver un toit et sa place dans la vie du village. Une fois les photographies réalisées et le calendrier conçu, j’organise également la communication autour du projet. Je contacte les médias et cherche à donner à cette aventure locale la plus grande visibilité possible. Le pari est assumé : faire le buzz pour sauver le toit de l’église d’Aubais. Le pari fonctionne. la radio Ici Gard Lozère, Objectif Gard, le Midi Libre.... emboitent le pas de l’aventure, d’autres médias s’y intéressent, puis l’histoire dépasse largement Aubais et le Gard jusqu’à être racontée à Télé Matin en décembre 2025 puis au Journal de 13 heures de France 2 en janvier 2026. Pour porter l’opération, une association est créée sous le nom « Les Irréductibles Aubaisiens ». Au final, près de 30 000 € sont récoltés pour contribuer à la restauration de l’église d’Aubais. J’ai ainsi transformé une idée initiale de calendrier en un projet photographique construit : douze artisans devenus douze apôtres, douze portraits, une Cène, un calendrier de Noël et une campagne de communication pensée pour provoquer une réaction, attirer l’attention et la transformer en solidarité concrète au service du patrimoine.
Projet imaginé et réalisé à Aubais, dans le Gard, avec douze artisans du village, pour contribuer à la restauration de l’église, patrimoine local devenu impraticable depuis deux ans.