Ciao amigo Jacques

  La vie des médias

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Il n’est jamais trop tard pour rendre hommage. Depuis plus d’une semaine maintenant, la question me taraude et me turlupine, mais il me semble que je dois bien ça à l’ami Jacques. Jacques Maigne, journaliste hors norme, a quitté sa chère cité des Espagnols, et plus largement la cité nîmoise le jeudi 29 octobre à l’âge de 69 ans ; et s’il y a des nouvelles que parfois, l’on a bien du mal à digérer, celle-ci en fait résolument partie.

Jacques était donc journaliste. Un journaliste à l’ancienne pourrait-on dire. Tout juste équipé d’un petit carnet de notes, et encore… Son premier outil de travail était son humanisme, et sa seconde arme, une plume absolument délicate, à montrer dans toute les écoles de journaliste mais qui ne s’apprend pas. Diplômé du CFJ et ancien de Libération, il a écrit sur de multiples sujets. Grand reporter, il a vagabondé un peu partout dans le monde, pour y traiter de sujets en tout genre (le fait-divers, le sport, la culture, les guerres), sans jamais se départir d’une joie de vivre ancrée dans son ADN. Il captait vite. Sans la ramener, pas grande gueule pour un sou, Jacques Maigne, qui a aussi largement collaboré pour Géo, était naturellement doté d’un sixième sens de la narration. Dans Libération, ses anciens collègues ont d’ailleurs noté : « Signe Particulier : a écrit une série ininterrompue de 125 798 articles indéfinis, formant autant de chefs-d’œuvre à ce jour inégalés. »

Un jour, il décide de quitter Libé. Trop attaché à son indépendance et ce goût immodéré pour la vie. Cela ne l’aura pas empêché de poursuivre autrement son métier, en réalisant des documentaires, rédigeant des livres, notamment avec son grand complice Bruno Doan de l’atelier Baie. “Conversation avec Claude Viallat”, paru à l’Atelier Baie, reste mon préféré… Les amateurs de flamenco l’ont aussi lu sur le programme du festival qui réveille chaque hiver nîmois, car ce drôle de personnage, également dit Caco, Toulousain de naissance et Nîmois bien enraciné, était un fou d’Espagne, de toros et de flamenco. Il avait tout compris à cet art andalou et incarnait le duende à la perfection. Jacques était un grand journaliste, et surtout un grand bonhomme.

Jacques Maigne fait partie des personnalités qui ont marqué mon parcours professionnel. Parce qu’un à moment, il m’a fait confiance, et m’a offert une chance (celle de partager avec lui la rédaction de cahier spéciaux pour L’Express), et surtout parce qu’il m’a appris à suivre mon instinct, mon feeling. Je me souviens aussi de cette rencontre organisée au restaurant La Marmite pour Midi Libre, entre Jacques et son ami Tony Gatliff – venu pour le festival flamenco. Le repas avait été arrosé et joyeux, les deux hommes, copains de longue date, s’étaient bien volontiers prêtés au jeu des questions-réponses. Mais de mon côté, à 20 h, quelque peu tétanisée par ce que je pourrais écrire sur ces deux mastodontes, je n’avais pas encore rédigé une seule ligne pour ce papier qui devait paraître le lendemain !

Avec sa coupe brune au carré, ses yeux légèrement allongés, ses gilets sans manche qui ne le quittaient pas ou rarement, ses vestes en velours ou en jean, et ses chemises plutôt colorées, Jacques Maigne avait des allures de journaliste-gitan : inclassable en somme. Il toréait la profession et la vie de la plus belle des manières, même si au final, le cancer aura été le plus fort.
À sa chère Françoise, à Jeanne et sa petite princesse Rita, j’envoies des nuages des poésie, façon Jacques Maigne.

Agathe Beaudouin, journaliste, pour le Club.
Grand merci à Eddie Pons auteur du dessin.

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