|
Temps fort des congrès de l’Ucpf, le grand débat en séance plénière avait cette année pour thème « Quelles hirondelles pour un printemps de la presse ? » Un titre poétique pour aborder la question récurrente de la crise de la presse et les moyens de s’en sortir. Si les constats ne sont pas réjouissants, la prise de conscience et la volonté des participants de trouver des solutions pour rendre ses lettres de noblesse à notre profession constituent une note d’espoir. Des hirondelles en somme annonciatrices d’un printemps, même si celui-ci reste à faire.
Depuis plusieurs années, l’Ucpf consacre le grand débat qui clôture son congrès annuel aux évolutions du métier de journalisme et aux problèmes qu’il rencontre. L’échange avec le public a été fructueux pendant près de trois heures. Marchandisation de l’information, emballements médiatiques, concentrations de presse entre les mains d’industriels dépendants de marchés de l’Etat...Autant de questions qui ont été abordées au cours de ces dernières années. Ces derniers mois, l’Ucpf s’est davantage encore impliquée, notamment en prenant position face aux Etats généraux de la presse (Egp) et en participant à toutes les manifestations organisées autour de ces Egp. Dès lors, le thème du débat ne pouvait qu’être lié à la crise de la presse. Animé par Emmanuel Claverie, vice-président de l’Ucpf et journaliste à Radio France, ce débat réunissait à la tribune, face à un public d’une centaine de personnes : Lorenzo Virgili (Raj), Michel Dalloni (Mediapart), Yvan Levaï (France Inter), Jacqueline De Grandmaison (Ucpf), Jerôme Bouvier (Assises du journalisme), Gilles Codina (Freelens), Bruno Franceschi (Président du Directoire de Sud-Ouest).
Presque trois heures d’interventions et d’échanges avec la salle ont prouvé s’il en était besoin, que les préoccupations actuelles des journalistes se situent bien autour de cette problématique : comment faire notre métier en respectant ses fondamentaux, en préservant notre indépendance face aux pressions exercées par nombre des nouveaux employeurs des médias ? Les constats exprimés sont récurrents, mais témoignent d’une inquiétude et d’une exaspération croissantes chez certains de nos confrères et consoeurs : suppressions de titres à la suite de concentrations entre les mains d’un même groupe ; recul du pluralisme ; suivisme, uniformisation de l’information ; dégradation des conditions de travail, précarisation empêchant les journalistes d’appliquer les règles de base de leur profession (vérification, recoupement des sources, enquête sur le terrain) et induisant au final erreurs et bavures. A partir de là, comment s’étonner de la perte de confiance auprès du public, de l’érosion du lectorat ?
Yvan Levaï (France inter) a notamment rappelé que « le lecteur, l’auditeur et le téléspectateur réclament tout simplement une info honnête, précise et vérifiée, d’où la nécessité pour les journalistes de ne pas être abreuvés par une seule source » et réclame pour ses jeunes confrères du temps : « Dans quels médias laisse-t-on, aujourd’hui, suffisamment de temps aux journalistes pour faire leur métier ? »
Seul patron de presse à la tribune, Bruno Franceschi s’est senti à plusieurs reprises visé, et a martelé qu’il « refusait que les éditeurs soient opposés aux journalistes, car ils ne sont ni plus ni moins que les garants de l’indépendance. » Réaction immédiate à la tribune : « On sait que ceci est loin d’être toujours exact, particulièrement lorsque ces éditeurs sont avant tout des industriels dont les ressources financières sont liées à des secteurs (armement, avions, construction, produits de luxe...) extérieurs à la presse, ce qui suscite forcément des conflits d’intérêt. » Retrouvons la fierté d’informer
Alors, quelles hirondelles pour sortir de cet hiver des médias ? La prise de conscience forte et la détermination nouvelle au sein de notre profession constituent déjà une réponse. Comment faire notre métier en respectant ses fondamentaux, en préservant notre indépendance face aux pressions exercées par nombre des nouveaux employeurs des médias ?
Pour Jérôme Bouvier, à l’initiative des Assises internationales du journalisme, qui ont réuni des centaines de journalistes à plusieurs reprises, « Tout ce que les journalistes inventent en défrichant de nouveaux terrains - Mediapart, Rue 89, Terra économica...- constitue déjà des hirondelles. Retrouvons la fierté d’informer, battons-nous pour que les avancées obtenues dans le cadre des Etats généraux de la presse soient mises en œuvre, et notamment que la Charte qualité de l’information soit intégrée dans la convention collective. Les prochaines Assises du journalisme, qui se tiendront au Conseil de l’Europe à Strasbourg au mois d’octobre 2009, permettront de faire un bilan précis, un an après les Egp, afin de voir ce qui a réellement été fait. »
Lorenzo Virgili, au nom du Raj (Rassemblement des associations de journalistes) met en avant trois points : « Nous menons une action importante pour nous faire entendre des parlementaires tandis que la loi Hadopi est en discussion à l’Assemblée nationale. Cette loi doit notamment statuer sur les droits d’auteur des journalistes. A la fois dans l’intérêt de ces derniers et de la diversité de l’information, il nous paraît capital que le texte et les décrets qui suivront sauvegardent le statut du journaliste-auteur. Quelles hirondelles pour sortir de cet hiver des médias ? La prise de conscience forte et la détermination nouvelle au sein de notre profession constituent déjà une réponse.
Par ailleurs, le Raj prépare un kit afin d’aider les rédactions à la création de sociétés de journalistes, non présentes partout. Il s’agit à la fois de proposer un statut type pour ces associations et de faire un état des lieux de ce qui marche ou ne marche pas dans celles qui existent, afin de faire bénéficier les nouvelles sociétés de cette expérience. Une façon pour les journalistes de prendre leur propre destin en mains. Enfin, notre rassemblement veut continuer à sensibiliser le public à ces questions, et travaille actuellement à des outils de sensibilisation. » L’Ucpf, qui a adhéré au Raj, prône de son côté « le rassemblement des clubs, des associations de journalistes, des syndicats, mais aussi du public afin de rester vigilants face au projet de loi prévu à l’issue des Etats généraux. Il est nécessaire d’oeuvrer ensemble pour la reconnaissance juridique des rédactions, pour reconquérir les moyens de bien faire notre métier et d’être un contre-pouvoirs au service des citoyens. »
Jacqueline De Grandmaison jeudi 26 mars 2009
http://www.ucpf.org/article.php3?id_article=377 |