En Bref

En bref
Soirée festive au Jazzpanazz le jeudi 7 juin » >> jeudi 7 juin à partir de 20h30 au Jazzpanazz face au Kinepolis, soirée réservée aux membres du Club Pot du 1er mardi » le prochain pot du club aura lieu MARDI 5 Juin à l'Atria de 12h à 14h
Journalistes et citoyens, tous ensemble PDF Imprimer Envoyer

Les Etats généraux de la presse initiés par Nicolas Sarkozy continuent de susciter de nombreuses critiques, parfois virulentes, de la part des journalistes, de leurs organisations et des sociétés de lecteurs. Rien d’étonnant alors que les uns et les autres se rapprochent et se mobilisent ensemble. Ce qui constitue une première. « Les Etats généraux de la presse, le off » ont donné le coup d’envoi la semaine dernière à Paris.

Pour les défenseurs de la liberté de la presse et de l’indépendance de l’information, la semaine du 24 au 28 novembre a été chargée. C’est Reporters sans frontières, en partenariat avec Mediapart (le site créé par Edwy Plenel) qui a donné le coup d’envoi le lundi 24 novembre à Paris. Dans un Théâtre national de la Colline plein à craquer - 800 personnes environ - se sont retrouvés une majorité de journalistes, mais aussi des lecteurs et des sociologues intéressés par les médias.

Durant quatre heures, de 20 heures à minuit, se sont succédés témoignages et propositions pour éviter une mort programmée de l’information libre et indépendante. Un certain nombre d’entre eux ont illustré la traque policière et judiciaire dont sont actuellement victimes de plus en plus de journalistes dans l’exercice de leur métier. L’interpellation musclée de Vittorio de Filippis, de Libération, vient depuis d’en être un nouvel exemple. A la soirée RSF/Mediapart, deux confrères de France 3 ont raconté leurs convocations par la police, soit pour « recel d’informations », soit tout simplement pour couvrir des manifestations : « A chaque couverture de manifs de viticulteurs notamment, je suis embarqué par la police - j’ai été entendu 14 fois -, on tente de me déstabiliser...à croire qu’on veut m’empêcher de couvrir ces sujets, » raconte un journaliste de France 3 Montpellier.

Et puis, il y a les atteintes internes au sein des médias : les pressions, la censure ou l’autocensure de certains dirigeants de journaux aux mains de groupes industriels. Là encore des journalistes vont témoigner et donner des exemples de ces « conflits d’intérêt récurrents ».

« Quand les actionnaires ou les propriétaires sont aussi des proches de l’Elysée, la question de l’indépendance se pose de façon permanente », constate un confrère qui a quitté le grand quotidien pour lequel il travaillait pour « cause de censure au cours d’une enquête ».

Des journalistes régionaux vont, de leur côté, dénoncer le monopole des grands groupes de presse, souvent multimédias, au détriment de journaux restés encore indépendants.

Quant aux représentants du service public audiovisuel, ils rappellent évidemment leur opposition à la suppression de la publicité, sans aucune certitude sur le financement de remplacement.

Dans ce contexte, les Etats généraux du Président, qui n’ont laissé qu’une portion congrue aux journalistes de terrain et à leurs représentants, au profit des patrons de presse et responsables de marketing, sont évidemment très mal perçus. Comme Edwy Plenel de Mediapart, le Forum des sociétés de journalistes - représentant une trentaine de rédactions importantes - a préféré se retirer de ces EGP où leur était offert un strapontin. Son secrétaire général François Malye, très présent en revanche lors des Assises du journalisme, explique : « Ces Etats généraux sont là pour écouter les demandes et recommandations patronales. Il n’y a rien sur le contenu de l’information, sa déontologie, son indépendance. »

Les sociétés de lecteurs expriment aussi leur colère : « Non invités, on nous avait assurés que nous serions au moins auditionnés et cela ne s’est pas fait », s’insurge l’une de leurs représentantes. »

La bonne nouvelle c’est que cette crise de la presse, à laquelle répond une manifestation présidentielle arrogante, incite journalistes et citoyens à se rassembler, à formuler des propositions, à se battre.

Jérôme Bouvier, à l’initiative des Assises internationales du journalisme, n’avait pas attendu les EGP pour organiser en 2007 et 2008 des journées de travail réunissant des centaines de journalistes de toutes sensibilités, médias et régions. Aujourd’hui, le Rassemblement des associations de journalistes (RAJ) oeuvre également, ainsi que l’a précisé Jacques Trentesaux ce soir-là, pour « décloisonner notre univers, regrouper le maximum d’associations professionnelles, défendre un journalisme et une information de qualité, sauvegarder le pluralisme de la presse, retrouver la confiance des lecteurs. »

« Comment défendre la liberté de la presse dans le monde si on ne donne pas l’exemple chez nous ? »

Les propositions formulées par les uns et les autres se recoupent : reconnaissance juridique des équipes rédactionnelles afin de contrebalancer l’influence des patrons de presse ; législation limitant les concentrations de médias, en particulier entre le mains d’industriels dépendant de marchés de l’Etat ; annexion des chartes de déontologie dans les conventions collectives ; respect des sources ; sauvegarde des droits d’auteur ; conditionnement des aides à la presse aux seules entreprises appliquant la déontologie et les lois sociales...

Le 25 novembre, lendemain de cette soirée, nos confrères de France Télévision, à l’appel de leur intersyndicale, faisaient entendre leurs voix de la Tour Eiffel au Parlement. Le mercredi 26, les signataires des « Etats généraux pour une information et des médias pluralistes » - qui regroupe associations, médias associatifs, syndicats...— se mobilisaient à leur tour au Musée social à Paris.

Notre club de la presse Marseille Provence Alpes du Sud, solidaire comme l’UCPF de ces mouvements, recevait le même jour la société des lecteurs de Libération et le jeudi 28 le collectif Presse-Papiers. Ce dernier afin de débattre à la fois des EGP et du problème spécifique des pigistes qui, dans la situation de précarisation qui est déjà la leur, voient encore leurs acquis menacés.

« Comment défendre la liberté de la presse dans le monde si on ne donne pas l’exemple chez nous ? » a lancé Jean-Franços Julliard, qui a succédé à Robert Ménard comme secrétaire général de RSF, en ouvrant leurs Etats généraux off. Comment, en effet ? Et on ne peut que se réjouir de l’initiative de cette association emblématique de la liberté de la presse.

Jacqueline de Grandmaison

 

....

...

.

.

 Toutes les images du congrès (voir page) et même les vidéos.   cliquez pour retrouver les albums picasa