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« Du journalisme de crise à la crise du journalisme » pour redessiner notre « carte de l’information » PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Sophie VANEECKE   

Analyser le journalisme et la communication de crise pour identifier nos contextes d’exercice et tenter des perspectives neuves. Une énième « lecture transversale » qui ne changera rien, pensez-vous ? Hé non ! Nous n’avons pas la conclusion du congrès, mais l’intention de changer d’angle pour sortir des poncifes qui nous étouffent.

Le journalisme de crise, le journaliste dans la crise, la communication de crise… Mais une crise (quelle que soit le domaine ou l’importance) n’est-elle pas le terreau d’information du journaliste ? La crise du journalisme ? Pas de journalisme, pas de public pour les médias, pas de relais pour les communicants… qui commencent à l’entendre, eux. Misons sur l’information de qualité

Au cœur d’une catastrophe, directement impacté ou envoyé la traiter, comment travaille le journaliste ? Quels sont ses moyens et quels moyens sont mis en œuvre pour qu’il puisse travailler ? Au cœur de la crise, comment travaille le communicant ? Quel est le propos : information ou communication ? Où est placée la barre ? Comment la communication de crise, conçue pour informer, a-t-elle glissé vers la communication tout court pour protéger d’abord l’institution, l’entreprise ? Parlons d’ultra-com : Un journaliste reçoit combien de communiqués de presse par jour (et sur quels sujets); est convié à combien de conférences de presse ; est contraint d’en suivre combien, pour porter le remerciement du média aux institutions et entreprises ? Quand et comment peut-il exercer son esprit critique, remettre en cause chaque point, vérifier ses sources et ses infos, travailler déontologicocorrectement? De quelle liberté de curiosité et latitude de l’exercer disposons-nous aujourd’hui ?

Quels parallèles établir, quelles réflexions mener à partir de là ? Comment lire les dérives de tous bords ? La quête d’un coupable à la situation de la presse est inepte car nous sommes probablement tous victimes consentantes a minima par inertie, embarqués dans une mouvance qui mixe des intérêts indifférenciés ou indifférents. Pas de journalisme, pas de public pour les médias, pas de relais pour les communicants…

Et tous de brandir la qualité de l’information. Parce que le public, lui, est clair et ne veut plus de l’information que nous produisons ou la cherche dans la presse spécialisée ou seul. Parce que la démultiplication des tuyaux ne garantit pas la valeur de ce qu’on y injecte. Parce que communicants, médias et journalistes scient rageusement la branche qui nous porte tous… Il est probablement temps de déterminer que cette branche est bien l’information, de ne plus confondre communication et information, de redéfinir nos professions et de gommer les confusions au lieu de gommer les différences.

Le congrès nous permettra de nous asseoir, avec des journalistes, des formateurs, des journalistes d’ailleurs qui ont traversé des crises lourdes, des communicants de haut vol pour redessiner notre « carte de l’information » à l’attention de notre seule jauge, le public qui nous rappelle par les chiffres à leur exigence de nos exigences.

Tout a bougé et, à faire comme si les journalistes étaient encore ces héros de la liberté de la presse d’hier, nous disparaissons, frustrés, amoindris, reniés par le public et par les médias qui nous emploient, chosifiés comme porte-faix de l’arithmétique économique, désencartés par brassées pour cause de pigisme-facturant. A entendre certains vous proposer une pige en auto-entrepreneur, il apparait que notre terminologie s’étiole et avec elle nos libertés.

Le binôme médias/com ou médias/pouvoir (c’est pareil aujourd’hui), a vécu
et les journalistes sont la patte folle d’un tripode de plus en plus dépourvu de saveur.

Il y a, et sous les meilleurs prétextes du monde :

  • les médias, entreprises aux impératifs économiques, soit moindre coût - maxi pub, diffusion
  • les communicants aux impératifs dictés par leur autorité, soit moindre info - maxi com, moyens consacrés à la gestion d’image
  • et les journalistes, priés essentiellement de conjuguer les intérêts des deux précédents, voire de servir d’alibi…

Le trait vous semble gros ? Si vous n’y êtes pas encore, égrenez votre carnet et questionnez ces potes que vous ne voyez plus car vous n’avez plus le temps ou alors parce qu’ils sont devenus communicants, car ils ont des familles à nourrir. Alors l’éthique, la déontologie, les chartes, les barèmes de piges, le fantasmatique 4ème pouvoir…. Des questions essentielles mais ineptes si l’on ne repose pas des postulats pour nos professions. Nous courrons sur le sable. Le 4ème pouvoir aujourd’hui appartient aux médias, pas aux journalistes et bizarrement il a considérablement perdu et laisse la place à l’anarchique 5ème pouvoir fait de bloggeurs, de sites viraux diffusant n’importe quoi, de réseaux noyautés... Un jeu où tout le monde perd : les médias qui perdent leur public, les communicants qui perdent leur relais. Et nous qui laissons la place, arc boutés sur une photo très dépassée de nos « possibles » ou l’espoir d’un CDI ou celui de ceux qui en ont (un CDI), egocentralisés sur une improbable pérennité de leur statut.

Décryptons les contextes d’exercice de nos professions, le poids que nous donnons à l’information, le prix que nous accordons à la liberté d’expression et à celle de la presse. Soyons exigeants pour nous, pour pouvoir l’être pour les autres. Nous parlerons des questions de modèles économiques, d’encadrement de la formation, de protection de nos sources alors que nous ne savons pas maitriser nos messageries, d’instance, de chartes, de rémunération et de statut, de déontologie, etc… etc… Mais, au lieu de tenter d’attraper un pompon pour nous pavaner, repus de la bonne conscience d’avoir réfléchi, avant de replonger, autistes, dans nos bouclages… nous souhaitons réécrire nos fondamentaux au su de notre réalité d’aujourd’hui pour en faire un fil rouge lisible et reposer les règles du jeu, redéfinir les territoires, redonner la place à une information de qualité. Non en mettant à nouveau la pression sur les journalistes qu’ils soient fougueux couillons militants (et donc souvent pigistes 84h par semaine) ou salariés d’un média public (et donc nantis, sécurisés, ET prioritairement contactés pour les piges).

Sophie Vaneecke, VP CPC30

 

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